Soutenance de thèse de Marie Baltzinger le 23/03/2016 à 14h

Marie soutiendra publiquement sa thèse menée au sein du projet Dysperse, et intitulée "Political ecology des engrillagements de Sologne : tentative de défragmentation du paysage écologique, politique et disciplinaire", le 23 mars 2016 à 14h, dans l’amphithéâtre de paléontologie du Jardin de Plantes (Muséum National d'Histoire Naturelle). Entrée libre, à bon entendeur !
L'entrée se situe au coin du jardin des plantes face à la gare d'Austerlitz.

Elle sera défendue devant le jury composé de :

Anne-Caroline Prévot (Rapporteur), Directrice de recherches, MNHN/CNRS, Paris, France

Isabelle Arpin (Rapporteur), titulaire d’HDR, UR DTM, Irstea, Grenoble, France

Raphaël Mathevet (Examinateur), Directeur de recherches, CEFE/CNRS, Montpellier, France

Juliet Fall (Examinatrice), Professeur, Département Géographie et environnement, Université de Genève, Suisse

Marc Deconchat (Directeur de thèse), Directeur de recherches, DYNAFOR, INRA, Toulouse

Anders Mårell (Encadrant), Chargé de recherches, UR EFNO, Irstea, Nogent-sur-Vernisson

Résumé :

Quoi de plus naturel qu’une clôture ? Parmi les images d’Epinal qui nous viennent spontanément à l’esprit, le bocage avec ses haies bien ordonnées, évoque une relation apaisée, rationnelle, arcadienne avec une nature nourricière et bienveillante. Pourtant, la prolifération des clôtures en milieu rural depuis un siècle a suscité la curiosité de nombreux chercheurs dans des disciplines variées. Qu’il s’agisse de protéger la nature de dégradations engendrées par les populations humaines – dans le cas d’espaces protégés -, ou à l’inverse de protéger les humains contre des dangers « naturels » – comme dans le cas de la prévention routière, ces clôtures semblent répondre à une nécessité absolue de ségrégation spatiale entre les hommes et la nature : Quoi de moins naturel qu’une clôture ? Vu sous cet angle, le conflit politico-environnemental engendré par la propagation récente des engrillagements forestiers en Sologne reflète assez bien l’ambiguïté de nos perceptions vis-à-vis du caractère naturel ou non de ces clôtures.

 

La Sologne est une région naturelle Française couvrant près de 500 000 hectares délimitée au nord par la vallée de la Loire et au sud par la vallée du Cher. Fruit d’une occupation humaine attestée depuis le XIe siècle, conjuguée à des contraintes écologiques spécifiques, le paysage Solognot est aujourd’hui caractérisé par son couvert boisé important  – environ 50% de la surface – et ses populations importantes de grand gibier, qui entretiennent la longue réputation cynégétique de cette région. En outre, la propriété privée est largement majoritaire en Sologne – plus de 90% de la surface forestière. En 2012, la réalisation d’un film, la parution d’articles dans les médias locaux, la création de sites internet et l’organisation de débats publics autour de la question des engrillagements cristallisent un conflit environnemental opposant les « anti-clôtures » aux « poseurs de clôtures ». Comme la plupart des conflits environnementaux, cette dispute autour des engrillagements forestiers fait intervenir des éléments écologiques – les effets supposés bénéfiques ou néfastes de ces engrillagements sur la grande faune, mais aussi politiques – la nécessité de règlementer les engrillagements, et culturels  – la sauvegarde du « paysage Solognot ».

 

Afin de démêler les lignes structurantes de ce conflit, une approche interdisciplinaire de type Political Ecology a été menée, mêlant travail d’enquête auprès de la population et étude du fonctionnement écologique des espaces engrillagés. Les études menées sur le comportement du cerf en espace engrillagé montrent que les animaux ont tendance à se concentrer au sein d’espaces partiellement ou totalement clos de grillages, au moins autant par incitation que par contrainte. La recherche d’effets cascades sur les oiseaux forestiers – résultants des surdensités locales de cerfs en espace engrillagé – n’a cependant pas mis en évidence d’effet négatif. A partir des enquêtes, il apparait que le conflit est pluridimensionnel et que l’aspect écologique – bien réel – est le trait saillant utilisé par les protagonistes pour structurer leurs discours, légitimer leurs positions et rallier l’opinion. Le choix de ce cadrage resserré et écologique du conflit (« framing ») s’explique par des facteurs historiques, culturels et légaux ; il permet de comprendre pourquoi les propositions de démarches participatives n’ont rencontré qu’un enthousiasme mitigé au cours des trois années de ce travail.

 

Ces résultats génèrent une réflexion sur la complexité des conflits environnementaux, et la nécessité d’envisager ces conflits sous des angles différents. Cela implique d’utiliser des outils et des approches issues de plusieurs disciplines, mais aussi et surtout de parvenir à mettre en résonnance le matériel hétérogène ainsi obtenu, afin de proposer une approche multifacette mais cohérente. Dans ce cas d’étude, les résultats sur les effets cascades se sont par exemple révélés extrêmement marginaux, alors qu’une étude parallèle sur le comportement du sanglier en milieu engrillagé aurait probablement été très pertinente. Cela amène plus largement à réfléchir sur le « cadrage » des problèmes environnementaux, et sur les choix conscients ou non que nous faisons lorsque nous décrivons une situation comme problématique pour « la nature ».  Plus généralement, ces résultats incitent à (re)placer le politique au cœur de nos réflexions sur ce qu’est la « nature », y compris dans la façon dont nous écologues posons nos questions de recherches. 

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